
La brise marine venait déposer ses parfums glacés entre les épis de l'étendue verdoyante. Au loin une tâche brune entourée de lueurs dénotait avec l'uniformité solennelle de la prairie.
C'était un camp imposant, celui du Sire Greldinard et de ses mercenaires, alors en repos après l'éreintante campagne "d'intimidation" effectué récemment.
Un fort en bois avait été monté au centre du camp, entouré de palissade, et dûment gardé par quelques mercenaires en armes. Au centre de ce fort s'élevait une tour de bois dans laquelle se trouvait les appartements du Sire Greldinard.
Autour de cette bâtisse boisée s'étalaient une centaine de tentes de toiles et de peaux, des feux de camps, des pics plantés dans le sol, des épées jonchant les tapis d'étoffes suintantes et sanglantes.
Les hommes ne criaient pas, et une langueur étonnante régnait dans cet attroupement de brutes fatiguées.
Dans ses appartements, le Sire Greldinard était sérieusement occupé à ripailler en compagnie de ses lieutenants. Des cornes de vins, des fruits abîmés, des viandes et des fromages entamés parsemaient une table de bois noir que les successions de fêtes avaient tâché de croûtes séculaires.
Greldinard s'attendait à voir arriver Meladius, le général du Roy Mordred chargé de la Cavalerie. En effet, Greldinard avait appris récemment qu'il avait à nouveau la charge de l'infanterie.
C'est pourquoi depuis plusieurs jours les soldats du Roy venaient progressivement se mêler à la troupe des mercenaires, formant une armée éclectique et assoiffée de guerres.
Greldinard était décidé à s'entretenir avec Meladius sur les futurs projets du Roy en matière de guerre, car sa dernière campagne l'avait coupé des affaires du royaume depuis maintenant un bon bout de temps.
Greldinard congédia ses lieutenants. Après avoir médité quelques minutes dans son fauteuil de bois massif recouverts de fourrures d'ours, il se leva enfin pour sortir sous la pluie naissante et voir arriver, à l'entrée du camp, suivi d'une troupe de cavaliers, le Sire Meladius.
Le vent bâtait maintenant le visage des deux hommes forts d'Orcanie, de la même manière que ces derniers bâteront bientôt les campagnes étrangères...