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 A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]

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Morrigane Agarwen
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MessageSujet: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Mer 23 Juin - 6:31

Une aube. Un soupir de lumière, un soupçon d'air frais, et l'ombre bleue encore, et la nuit qui se retirait doucement sous les feuillages et les grands arbres enchevêtrés. Le soleil encore fragile et ténu se réflétait dans les eaux calmes du lac, faufilant ses rayons poudreux et clairs au travers des branchages, semant la surface d'éclats d'or aveuglants dans la pénombre. Des lames de lumière tranchaient les rubans de brume, matérialisées par le brouillard qui s'élevait des rives. Un instant de silence. Des oiseaux chantaient, le monde était à son éveil et tout était plus pur, plus vif, avec dans l'air la pétillance d'un jour nouveau, l'avant-goût d'un printemps.
Il y avait une silhouette, accroupie sur la rive du lac. Ses cheveux ruisselaient sur ses épaules laissées à nu par un corsage délavé, tombaient en cascade, en rideau de soie perlée d'or, jusqu'au sol. Une main effleurait du bout des doigts l'eau froide qui venait mourir sur les pierres, troublait le grand miroir de l'onde, faisait naître à sa surface de longs frémissements qui allaient en s'atténuant, scintillant dans les rayons de lumière.

Un souffle de vent, et les cheveux rouges s'agitèrent faiblement, laissant échapper le tintement confus de perles et de breloques entrechoquées; un froissement de plumes, et un corbeau se posa près de la petite silhouette recroquevillée, comme une ombre qui ne ferait pas plus de bruit que le murmure délicat de ses ailes.

C'était l'aube, et le silence, une attente. Un souvenir. Les yeux pâles de Morrigane se détournèrent des eaux calmes, jusqu'à l'étendue d'herbe, là-bas, aux pieds d'un chêne vénérable. La lumière rasante révélait les ondulation de la terre et de la végétation. Pour un peu, on aurait pu distinguer deux formes allongées... La jeune femme cligna des yeux pour chasser le souvenir. C'était fini. Passé, terminé, la page était tournée et elle ne pouvait plus revenir en arrière parce que ça avait été son choix à elle, même si on lui avait fait comprendre qu'elle n'avait guère d'autre alternative. Il faisait encore nuit quand la jeune femme avait quitté le château et sa couche improvisée; elle avait marché, longtemps, respirant l'air du petit matin alors que le soleil pointait à peine, et ses pas l'avaient menée ici, à ce lieu qu'elle aimait tant mais où elle n'était pas retournée depuis des semaines, à cause des souvenirs, à cause du poids de la mémoire encore trop vive et trop douloureuse.

Elle n'y était pas retournée depuis, par peur, par crainte de devoir affronter ce qui s'y était passé, par crainte de retrouver cet endroit où tout avait commencé. Il y eut un sursaut de fierté au fond d'elle; nul homme au monde n'avait pu se targuer de la posséder, elle, ou même son cœur. Il n'en avait jamais été ainsi, et elle avait toujours été libre. Libre d'aller et venir, d'aimer et haïr. Ce n'était pas le souvenir d'un homme qui allait l'empêcher de revenir ici, au bord de l'eau calme et sous les arbres courbés, en ce lieu de paix où ne venaient guère que les rêveurs, les païens et les bêtes. Elle était libre.

Morrigane se redressa soudain, si brusquement que Nébu, surprit, fit un écart brusque, et poussa un léger croassement indigné. Il sauta sur son épaule, l'air renfrogné, lissant ses plumes tout en guettant les ombres autour de lui.
Pourquoi se tourmenter? Il était parti, elle était libre. Elle était toujours ainsi, un oiseau solitaire qui parfois faisait halte au bord d'un cœur, se laissait apprivoiser avant de s'envoler à nouveau voir ailleurs si l'herbe était plus verte. Il en avait toujours été ainsi. Alors, elle fit quelques pas au bord de l'eau, et, avisant une roseraie murmurante, sortit un couteau de sa ceinture. Elle y fouilla un moment, avant de trouver ce qui lui convenait; la tige, épaisse et creuse, serait parfaite pour une nouvelle flûte. Avec un bruit sec, la plante céda, et Morrigane, traînant derrière elle le long fuseau empenné de feuilles sombres, revint s'asseoir au bord de l'eau. Fredonnant un air sans suite, elle passa un long moment à couper la tige, y creuser des trous, tailler le bout en biseau pour en sortir des sons plus ou moins harmonieux. Alors que le soleil entamait lentement sa patiente ascension du ciel, le silence de la forêt se peupla de trilles qui ne devaient rien aux oiseaux, et de notes qui s'achevaient parfois par des sons un peu discordants.

Pendant tout ce temps, Morrigane ne cessait de chantonner, comme une enfant à l'ouvrage, s'occupant les mains pour ne plus se souvenir. Elle fredonnait au fil du vent, et souriait, un peu; c'était ainsi, c'était sa vie, peuplée d'abandons et de pertes, de grands bonheurs et d'énormes désillusions.. Alors autant faire avec, ce n'était pas la première fois.

Enfin, après de nombreux essais infructueux, le son de son instrument sembla lui convenir et, après quelques cascades de notes douces, rondes et soyeuses comme la caresse d'un chat, elle se lança dans un air à danser qui lui revenait sans savoir pourquoi. C'était peut être le vent, c'était peut être l'aube et la mémoire; c'était peut être le hasard, aussi. Et la musique s'envola, joyeuse, ivre et précipitée, libre soudain, comme si on l'avait enfermée au creux des longs roseaux du lac; une musique de celles qu'on joue autour des grands feux de Belteine, une musique que d'aucuns auraient qualifiée de magique. On disait parfois que les soirs où la lune est ronde, que les jours où on entend des voix murmurer dans la brise, il suffisait d'un peu de ça pour se faire entendre au-delà des mondes et réveiller d'anciennes choses que vénéraient les anciens... Morrigane savait. C'était comme jouer avec le feu, mais qui ici pouvait être plus familière qu'elle de êtres qui vivent aux carrefours des univers, à la frontière ténue entre Ici et Là-bas? N'était-elle pas elle-même un peu fée, la femme aux cheveux rouges et aux yeux d'eau claire, avec sa peau blanche où coulaient les arabesques d'encre des tatouages sacrés?

Et la musique, dans l'aube paisible, se mêlait au silence comme une broderie, réveillait des échos étranges dans les feuillages, et les voix, les voix qui chantaient dans le vent s'étaient faites plus fortes comme si d'un battement de cils elle avait fait basculer le petit matin dans l'Autre Monde. Comme si, pour elle, il s'en fallait toujours d'un mot, d'une chanson ou d'un pas pour traverser les brumes et se trouver de l'autre côté. La musique, la musique et la danse, et des feuillages perlés de rosée semblaient émerger le souvenir des feux et des rondes, et des prières des druides dans les clairières consacrées. Ici était un lieu de magie, elle le savait, c'était sans doute pour cette raison qu'elle s'y sentait bien plus à l'aise qu'ailleurs. Parce que c'était là qu'elle sentait encore battre l'ancien cœur de la magie ancienne, ici, dans cette forêt, que subsistait un peu de ce qui la faisait vivre. La magie, la musique et la danse, et la folie, l'ivresse et l'âme sauvage d'un monde mené à l'agonie. Ils n'était pas tous morts, non, il y avait encore la petite barde aux cheveux de sang pour réveiller les rêves et faire danser les morts. Elle était toujours là. Vivante, tout comme la musique qu'elle jouait, et les voix dans le vent.

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Earthel

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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Mer 23 Juin - 11:53

Et la forêt sacrée bruissait, mille petits frémissements, mille légers fourmillements, suivant cette musique qui évoquait les fêtes du passé... les fêtes où des centaines d'adorateurs venaient communier avec les filles de l'eau et les fils des arbres.

La musique de la barde, bien que tenue, infime poussière de ce qu'avaient été les musiques des frères et sœurs de la terre, éveillait ce lieu encore sacré... les arbres pleuraient leur passé, les grands chênes accompagnaient de leurs branches centenaires les douces trilles de celle qui n'avait pas oublié. Ils ne se déplaçaient plus depuis des lustres, mais leur mémoire était intacte,
"oui elle est des nôtres", "oui elle nous rend le plus beau des hommages" chantaient les arbres. Le vent jouait dans leurs branchages comme sur d'anciennes lyres, le frémissement donnait un rythme léger, ancien, presque étouffé... Il se rappelait lui aussi les hommes en robes, les femmes aux cheveux de feu, les danses et... la musique.

Une brise légère effleura la femme, elel déchiffra les tatouages qui lui étaient exposés,
"oui, tu es ma sœur, continue à jouer" lui dit-elle dans ce langage ancien et sacré qu’elle ne pouvait que partager avec le vent... elle joua un petit moment avec les cheveux de feu, doux, soyeux, sauvages, laissant sur eux une odeur de tourbe, une odeur de lande pénétrante et sauvage... "Oui, tu es belle et ta musique m'ensorcelle ".

Les arbres eurent applaudit s'ils l'avaient encore pu... ils frémirent de plus belle, sentant que la brise était vieille, vieille et juvénile à la fois, elle était amour éternel mais éternellement recommencé, elle était renouveau du printemps et ardeur de l'été... L'odeur devint plus prégnante, forte, une odeur de fleurs de landes, la brise, elle, devint brume, elle s'épaississait, douce, délicate. Elle effleurait maintenant comme caresse, caresse d'une fleur douce sur la joue pale de la jeune barde. Un rire léger accompagna la caresse, rire franc, vrai, d'un joueur millénaire, un rire mâle aussi mais teinté d'innocence, innocence sans cesse renouvelée elle aussi. Car l'amour est toujours neuf et innocent.

"Joue pour moi belle prêtresse, joue pour le vent, joue pour le feu, joue pour l'eau et pour la terre, notre mère" dit nettement une voix de jeune homme qui venait de la brume, brume qui semblait de condenser dessinant une mince silhouette, mince mais forte, forte de son odeur de terre forte des siècles passés à l'attendre...

« Joue, barde, joue pour le bel Earthel », les chênes reprirent le nom qui parcouru ainsi toute la forêt sacrée : « Earthel », « Earthel est revenu »… Les arbres bruissaient de plus belle, comme si un fort vent s’était levé, l’onde elle restait calme. « Joue pour que la vie nous réunisse, joue pour les dryades et nos amis les arbres sacrés, joue pour que t’aime… ». « Joue Morrigane Agarwen, fille du feu, joue pour que la joie revienne en ces terres polluées de croix malsaines ».
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Morrigane Agarwen
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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Mer 23 Juin - 19:00

La lumière était plus vive de minute en instant; et le soleil, vif, gravissait la pente du ciel qui le mènerait à son zénith. Pour l'heure il restait bas sur l'horizon, et ses longs rayons filtraient parmi les branches pour se poser sur l'eau, sur la fille-fée qui jouait sur la rive, au travers de la brume qui évoluait comme un voile. Il y avait l'allégresse de la musique, qui semblait éveiller la forêt d'un sommeil qui ne devait ni à la nuit ni à l'hiver; et pourtant, pourtant on ne pouvait concevoir la réalité des choses sans une once de tristesse. Morrigane savait. Parce qu'il lui fallait vivre, et continuer toujours, elle ne se permettait que rarement de se retourner vers le passé, vers ce qui avait été et n'était plus. Si elle l'avait fait, elle n'aurait pu que concevoir une immensité de regrets. Tant de choses avaient été perdues! Tant d'êtres, aussi, qui ne fouleraient jamais plus ces terres mortelles; et le souvenir restait présent, les vastes clairières désertes où ne résonnaient plus que les cris des oiseaux, les yeux vides des gardiens et les sources aux gravures presque effacées par le temps. L'oubli, qui couvrait comme un suaire les anciens lieux de culte, et figeait les grands arbres dans un silence de pierre.

Et toujours, le défi, comme une vague. Un reflux. Une marée.

Elle se redressa, petite silhouette nimbée de rouge passé, seule et frêle dans la lumière du jour naissant, ses doigts tatoués voletant sur le bois de sa flûte improvisée. Seule et droite comme une provocation, comme un défi, oui, lancé à la face du monde qui se vendait au Nazaréen et à sa croix de douleur. Morrigane était là. Elle et ses sourires, sa musique folle et ses danses débridées, elle et sa mémoire, et l'encre des rites qui marquaient sa chair comme un sceau, comme le tribu payé pour les connaissances qu'elle avait obtenues, pour le prix de son initiation.
Et elle jouait, plus fort, plus vite, et elle entendait qu'on lui répondait, une voix, un murmure, venu de loin, là où dorment ceux qui ne meurent point mais attendent l'oubli et la dissolution dans le monde, attendant le jour où nul ne croira plus en eux.

Il y eut un rire, comme une trille suspendue dans l'air infusé de lumière et de brume. Et l'espérance, et la joie, folles et vives, enflammèrent le coeur de la petite barde, et même le corbeau à ses côtés sembla comprendre ce que signifiait la voix qui murmurait dans la brise. Il étendit largement les ailes et lança un long cri qui se mêla comme une flèche au silence des bois et aux notes douces de la flûte; c'était un salut, une reconnaissance de ce qui était à venir, et le monde semblait attendre celui qui arrivait.
Et le vent soufflait, tiède, susurrant de suaves paroles dont elle n'avait qu'à peine conscience, et il soufflait, de plus en plus fort, la caressant du bout des doigts, l'enveloppant avec plus d'attention, de complicité et de douceur qu'aucun amant au monde. Parce que personne ne connaissait mieux que lui la petite barde; parce qu'elle était fille, sœur, amante, tout cela à la fois, qu'elle était si intimement mêlée à la substance du feu, de la brise et de l'eau que c'en devenait une évidence.

Et il y avait l'odeur, qu'elle connaissait si bien pour la chérir entre toutes, celle, mêlée de tourbe et de fleurs, de vent humide et d'air vif qui planait dans les landes solitaires et les sous-bois où elle aimait s'attarder. Et, à mesure que la brume ondulait, affluait, se faisait plus tangible et plus mouvante, une émotion prenait corps en elle, un sentiment puissant comme la marée, et qui semblait la quintessence même de ce qui la poussait toujours à papillonner d'un homme à l'autre. La liberté, oui, et l'amour sauvage qu'elle avait chevillé au corps, celui qui ne supporte aucune attache et s'envole comme il vient, effaçant les certitudes et les chaînes. Ses souvenirs étaient un mensonge, il était inutile de s'attacher parce que c'était contre sa nature à elle, c'était quelque chose qui ne lui ressemblait pas et finissait toujours par passer, parce qu'elle était ainsi, volage, et qu'elle aimait non pas un homme, mais tous, à sa manière. Parce que personne ne pouvait comprendre.

Et les arbres murmuraient, et la voix toujours résonnait comme le vent, et ce n'était pas les rafales qui faisaient parler les arbres, et la joie, dieux, l'allégresse la plus pure lui donnait des ailes et elle jouait encore et toujours cet air ancien comme les pierres qui avaient fait danser, s'aimer et se perdre tant et tant d'âmes dans les temps passés! Et la voix qui parlait semblait lui donner des ailes, à la femme aux cheveux rouges qui semblait si légère qu'elle pouvait s'envoler; Il était là et la forêt, et chaque chose murmurait son nom, si fort que la rumeur enflait comme un vent d'orage et courait sous les feuillages. On sentait des êtres endormis depuis longtemps remuer dans leurs rêves millénaires. Il s'en venait pour elle, il prononçait son nom et dieux, c'était si grand bonheur de sentir le monde s'éveiller sous ses pas, comme si tout n'avait été qu'un long hiver, comme si toute l'existence de la petite Morrigane s'était réduite à une attente, celle de ce jour où Il viendrait à elle!

La musique reprit de plus belle, plus vive, plus joyeuse et plus vivante que jamais, comme si c'était elle qui donnait un corps à la brume, et au vent une voix; c'était une réponse à ses mots, c'était un appel, un salut, une reconnaissance car elle savait maintenant, elle entendait le nom que murmuraient les arbres.

Earthel.

C'était comme si chaque son de sa bouche, chaque note, chaque pas de danse avait été pour lui, comme si chaque chanson solitaire au cœur des bois avait contribué à cet instant, avait tissé patiemment le chemin qui le mènerait à elle. Qui mieux qu'un faune, fils de la terre et des bois, qui mieux qu'un être façonné de magie et de rêves pouvait comprendre celle qui n'était ni de ce monde ni de l'autre, humaine de corps et fée d'esprit, qui avait le songe infusé dans la chair et l'amour vif et volatile de ceux qui marchaient sous le soleil avant l'avènement des pères des Hommes?

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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Jeu 24 Juin - 4:14

"Oui" s'enthousiasma la voix du jeune homme, mure et folle à la fois, "oui ma belle barde follette, rappelle moi à la vie". Elle connaissait et aimait les rites anciens, elle réanimait cet endroit sacré de sa musique et s'adonnait aux rites qui célébraient la vie des bosquets et des bois. Les vieux chênes accompagnaient de leurs lents, trop lents, mouvements les trilles de la demoiselle, les muriers lançaient leurs ronces sans la toucher, la frêle campanule dansait en ondulant de ses délicats pétales.

Et Earthel exultait de joie, exultait à ce printemps de vie qui irriguait cette brume opaque qui formait son corps, se nourrissant de l'énergie déployée par la barde. Il sentait qu'il pouvait encore être et c'était divin... La brume prenait corps, la brume palpitait au rythme de la musique. "Oui, oui, je suis là, tu m'appelle et je te réponds". Bien sûr Earthel était le seul et cela l'attristait, où étaient les dryades, où étaient ses frères condamnés à l'immobilité même ici, même au bord de ce lac où cent et cent êtres magiques auraient du célébrer ce renouveau... Mais fi donc des autres, ils étaient deux, deux prêts à devenir un, deux qui dansaient comme autrefois, deux qui se retrouvaient sous le doux soleil...

Les particules d'eau perdirent leur aspect limpide, une couronne de feuilles tombées lors du lointain automne couronna le chef du petit faune... on pouvait voir deux yeux bruns, brillant de désir, désir de vivre, désir d'aimer encore, désir de jouer. Ils brillaient, ne quittant pas la musicienne sacrée, l'encourageant, lui promettant monts et merveilles... pas d'or ou de vertus illusoires, ils promettaient jeu et amour, ils promettaient danses au soleil ou sous la lune...

Il soupirait d'aise et autour de lui la forêt faisait de même, il était une infime part d'elle, il lui était lié, charnellement. Il leva ses bras que déjà on pouvait voir quand on savait voir comme elle, comme un hommage, une ode à la vie, ses bras minces mais musclés, bruns comme la terre. "Ode à la vie", murmura-t-il, "merci à la vie, à toute la vie qui nous entoure, à la vie dont tu es, à la vie dont je suis"... Il saisit sa flute et doucement créa une deuxième voix, une parallèle à celle de la barde, un autre instrument très complémentaire du premier, si complémentaire qu'il était part du premier, un accord parfait, léger, aérien, magiquement indissociable du tout premier.


Maintenant il se sentait entier, son corps quasi nu prenait la lumière, la capturait, l'incorporait à ses chairs, il la buvait comme il faisait de la musique... les yeux du joli faune ne quittaient pas la jeune femme, elle aussi il la buvait à distance, buvait son essence, dévorait son aura mi-fée mi humaine...

Lâchant la flute, il chanta doucement, une doux murmure, simple, sans ces subtilités navrantes et sophistiquées de lla musique des églises, il brodait sur son prénom
, "Morrigane" se déclinait avec les fleurs, le lac, la landes, les arbrisseaux, les chênes... la forêt appréciait et chacun fut cité, chacun s'inclina devant la barde et dansa quand le faune le citait... une joie sans nom agitait le moindre brin d'herbe, une joie primaire, celle d'exister et d'être reconnu comme vivant... tous vivaient, tous étaient membre et part du Tout.

"Dieux, déesse mère, entendez notre chant, entendez notre hommage, l'ultime hommage de la vie"... exulta le petit faune, les yeux emplis d'amour, le seul, l'amour de la vie, du sang qui irrigue les veines, de la sève qui monte à la corolle.
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Morrigane Agarwen
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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Mar 6 Juil - 7:31

Il s'en venait, il était là, de ses yeux confondus elle le distinguait nettement à présent, et la brume avait prit corps en lui, et la forêt tout entière, et le monde célébrait le retour de son enfant; tout était plus vif, plus fort, plus vivant et le printemps explosait dans chaque racine, dans chaque brindille, comme une bénédiction, comme un souvenir de ce que furent les jours anciens d'avant la venue des chrétiens, où les dryades et les faunes dansaient en liberté avec les fils des hommes au creux des vallées et des bois enchantés. Et Morrigane tournoyait tout en jouant, le souffle court, portée par le vent et les voix, et le rire et les murmures qui se précipitaient dans son esprit, faisant éclore une réjouissance sans pareille dont sa musique débridée n'était qu'un pâle reflet. Ses pieds nus bondissaient sur la terre et la soulevaient sans effort, faisant ondoyer ses jupons légers où le vent glissait des doigts tièdes; il était là et s'en venait, Earthel, couronné de feuillages roux et auréolé de soleil, dans la lumière ensorcelante filtrée par les feuillages nouveaux. Le jour ondoyait au fil de la brise, et l'eau claire jetait des reflets aveuglants sur la voûte des branches; des fragments d'or chaud entrecoupaient l'ombre des arbres, se chevauchaient se séparaient, et tout semblait vivre et danser dans l'été qui venait.

Une seconde musique se joignit à celle de la barde, et les airs s'entrecroisèrent comme un tissage de sons soyeux et doux; les yeux clos, Morrigane se laissait guider par ce que jouait son comparse, et c'était sa chanson à lui qui la portait sur la pointe de ses pieds, au bord de l'eau murmurante et des roseaux qui chantaient dans les rafales.
Il était lumière, et sa chair était infusée de tout; le brun de la terre et celui des troncs tourmentés, l'éclat du soleil sur le lac sacré, l'or roux ds feuillages à l'automne, l'émeraude flamboyante des jeunes feuilles encore fripées au printemps, et le bleu du ciel et tout cela à la fois, la forêt, la lande, la nature toute entière réunie pour forger un être de rêve et de magie, de songes et de gaieté prêt à jouer, à aimer et à vivre... Les prières de la petite barde avaient-elles été entendues? Tant de fois elle avait songé, tristement, aux bois déserts et aux chants qui ne résonnaient plus; tant de fois elle avait espéré qu'un jour on réponde à ses mots, à ces airs qu'elle tissait, solitaire, aux carrefours de mondes, là où les barrières devenaient ténues comme des fils d'araignées.

Il était bien là, et quand ses yeux s'ouvrirent à nouveau, il était plus réel que jamais, plus tangible et plus vrai, et le son de la flûte mourut dans un souffle court, et Morrigane cessa sa ronde folle pour le contempler, comme si cette vision pouvait lui écorcher les yeux. Son coeur explosait dans sa poitrine, de joie et d'émotion mêlées, car il était là, et chantait son nom. Et le monde tout entier répondait, dans un unisson merveilleux, car le silence n'était plus, et les gardiens de la forêt, et les arbres et tout ce qui vivait répondait à l'appel du faune, cet appel qu'elle ressentait elle aussi au plus profond de sa chair, jusqu'aux tréfonds de son âme.
Ils n'étaient qu'un. Elle, lui, et l'univers tout entier, et tout s'unissait dans un même élan; à nouveau la voix du faune retentit, et celle de Morrigane lui répondit, claire et vive comme un chant d'oiseau, dans l'ancienne langue des hommes. A son tour, un hommage à la Déesse, à la Mère, à la vie; quelques mots comme un soleil, emplis de lumière et d'allégresse.

Et puis, elle sourit et quelques paroles de plus s'envolèrent avec douceur.

-Bénies soient les heures qui voient ton retour, heureux jour que celui qui t'amène à nouveau parmi nous!

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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Lun 26 Juil - 7:34

Totalement présent, le joli faune exultait... qu'il était bon de sentir la sève circuler dans ses veines, qu'il était bon d'être là exultant au sein de la nature mère. Et, surtout, qu'il était bon de sentir à ses côtés la barde partager son bonheur, le partager et appeler à fêter comme jadis l'union des hommes et de la nature.

Elle répondait aux trilles du faune, répondait à sa célébration, celle de la renaissance, celle du pacte qui liait humains et non-humains... Non-humain, lui ? Pas vraiment car l'œuvre de la reine mère et de Tsi Lei se conjuguait avec l'appel de la barde, et Earthel était maintenant de chair, un joli jeune homme, couronné de fleurs et de feuilles, un joli garçon mince, au teint hâlé dégageant une odeur de tourbe, de fleurs, de fruits murs... léger, aérien.

Il dansait maintenant devant le barde, fier de ses muscles fins et souples, heureux de sentir son sang affluer jusqu'aux bouts de ses membres déliés.
Il la regardait de ses yeux de braise, et, abandonnant un moment sa flute magique, sentant la barde ouverte à sa présence lui lança :


- fille des eaux et de la terre, la déesse mère te bénit d'avoir appelé son fils, elle te bénit de ranimer les pactes anciens...

Il se posa aux côtés de Morrigane, légèrement, comme une feuille se posant sur la mousse et lui murmura :


- joue pour nous, joue encore pendant que j'admire la fille de la terre...

Il la regarda, longuement, comme un amoureux qui posait pour la première fois ses yeux sur sa promise de longue date.
Ses yeux détaillèrent cette vie palpitante qui émanait de la barde, ils dévorèrent en silence chaque partie de son être, il gouta sa substance sans même l'effleurer.


- tu es ma perfection, la création de la terre faite pour le fils du vent... regarde moi, ressens mon énergie, je livre mon esprit au tien, goute mon être avec délicatesse, sens comme nous sommes proche, unis toi à mon moi profond....

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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Mer 25 Aoû - 6:43

[désolée, poste un peu court et un peu moisi, mais j'ai du mal à me remettre à l'écriture après tout ce temps ><]

Morrigane, presque à bout de souffle de rire et de jouer tout en même temps, cessa peu à peu ses cabrioles et resta immobile un moment, au bord de l'eau qui avait vu apparaître le faune. Celui-ci était à présent tout près d'elle, si proche, qu'elle pouvait presque sentir la faible chaleur dégagée par sa chair, sentir la vie qui coulait en lui et l'odeur douce et âcre qu'il dégageait, un parfum de nature, un parfum d'été. Alors, tout doucement, elle porta à nouveau son instrument à ses lèvres; le roseau s'y posa, et la musique s'éleva au milieu des murmures de la forêt. Ce n'était pas une chanson à danser, comme tantôt; c'était plus ancien encore, et plus profond. Le rythme en était lent, presque solennel, mais rempli d'inflexions étranges, et les notes étaient comme tissées d'un velours tiède dans l'air matinal, comme façonnée d'une matière vive, et tangible alors qu'elle jouait et que sa musique, à nouveau, prenait vie.
La bonne musique, au bon moment. Après l'exultation, après l'éveil, tout semblait se refermer autour d'eux; les arbres chuchotaient encore, plus faiblement, et tout retombait lentement au fond des eaux profondes de leur sommeil; ils vivaient encore, mais se taisaient, à présent. Et la musique de cette fille-fée s'étirait sous la voûte des feuillages, douce, tellement matérielle en cet instant de magie qu'elle en devenait presque charnelle. Et ses yeux, ses yeux d'eau claire et de ciel bleu, ne quittaient pas le faune, si près, si près...

Peut importait le jour, la nuit, les hommes et le monde, peu importait le temps, c'était comme si soudain plus rien n'existait, rien, si ce n'était ce qu'elle voyait. C'était comme un rêve, un rêve avec en plus la certitude profonde que tout cela était vrai. Chaque fibre de son être, chaque parcelle de son corps sentait la vie, folle et débridée, qui courait dans les veines du faune et il était là, aussi matériel qu'elle-même, si proche, si proche que le souffle lui en manqua, et qu'elle sembla basculer, se perdre, se noyer dans ces yeux millénaires qui la contemplaient...

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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Sam 28 Aoû - 6:00

Les millénaires ne lui pesaient plus, le jeune femme, la musique associées au lieu sacré et à l'exultation de la nature lui rendait définitivement vie.
Trois femmes avaient contribué à ce prodige, la reine prisonnière avait éveillé le faune, la petite shaman d'orient avait lie sa vie à la créature et enfin la barde royale réveillait sa sensualité, son essence même...

Beau, puissant, sauvage et viril le faune contemplait de ses yeux couleur d'automne la troublante rouquine... ses doigts fins et agiles lirent les tatouages sacrés à même sa peau. C'était une caresse, une sorte de reconnaissance tacite de leur complicité, de leur appartenance aux cultes anciens. Il la lisait, énonçant de sa voix chaude comme l'été la signification des signes, y ajoutant des commentaires doux et chauds de son cru, de ce qui aurait pu passer pour des marmonnements sans signification pour un non initié mais qui était elle, elle, son essence la plus intime, son "moi"....

Il souriait, aimable, complice mais aussi concupiscent, ses doigts follets découvrant la femme en douceur mais avec une envie indéniable, une envie attisée par la musique enivrante et par les siècles perdus à attendre ce moment... unique et éternellement renouvelé.
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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Lun 30 Aoû - 13:04

A l'ombre des feuillages d'un vert tendre, la rosée du matin exhalait un parfum de fleur entêtant, enivrant. Elle scintillait comme un joyau à la timide lueur dorée du petit matin, et la nature toute entière semblait se réveiller, caresser, dorloter l'enfant qui gisait en son sein.
Elle n'était qu'une fleur, une fleur aux pétales d'ivoire et d'ombre chaude, elle faisait partie de cette terre si noire et riche qui s'apaisait à son contact, se faisait douce, rassurante, berceuse d'enfant pour sa touchante jeunesse. Et la fillette ressentait toute l'intensité et l'importance primitive de la nature, si présente, qui tissait comme une toile d'araignée autour de sa petite personne, cocon de force tranquille qui lui donnait envie de s'endormir, et de ne jamais s'éveiller, bienheureuse âme perdue figée à jamais dans les racines de la terre.

Mais le charme de son profond sommeil s'envolait, déchirant le voile protecteur qu'elle s'était tissée, loin, très loin de la réalité, et le froid, et la faim perçait à nouveau leur petit museau glacial au creux de son ventre.
Tsi-Lei tendit la main, et, pour la première fois depuis une période qu'elle était incapable de définir, elle ne trouva pas de baies pour satisfaire son appétit. Où était donc Earthael, que faisait-il loin d'elle ? L'avait-il abandonné ?
Un instant de panique saisit l'enfant, qui s'apaisa aussitôt, le cœur rempli de la chaude certitude qu'il la savait désormais éveillée, et que leurs jeux sans fin allaient reprendre !

Calmée, étendue sur l'herbe et tournant une fleur sauvage entre ses doigts, la petite asiatique se mit à fredonner une mélodie qui lui venait aux lèvres, naturellement. Une mélodie au bonheur, à l'insouciance ; à la certitude d'être aimée, bien précieux dont l'enfant tenait plus qu'à sa propre existence.
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Morrigane Agarwen
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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Mer 27 Avr - 16:20

Morrigane s'aperçut soudain qu'elle avait cessé de jouer; elle restait immobile, et la flûte avait glissé de ses doigts, abandonné dans l'herbe.
Le silence était tombé autour d'eux, mais la magie de ce moment le rendait tangible comme la brume, tissé de murmures, de chansons, des mots chuchotés par le faune qui semblait déchiffrer du bout des doigts les signes sur sa peau. Peu à peu, lentement, à mesure qu'il suivait les arabesques et les symboles, il chassait de ses épaules le tissu fragile de son corsage, et Morrigane était la fleur frissonnante à qui on ôte lentement ses pétales. Elle se laissait dévoiler, peu à peu, et il lisait, véritablement, et ses mots étaient ceux qu'on avait prononcé bien longtemps auparavant, lorsqu'on avait tracé dans sa chair les signes de son initiation.

On la lisait comme un livre ouvert, la fille fée, pour peu que l'on sache s'y prendre; tout était là. Les feuillages, les arabesques et les spirales, ceux qui avaient été tracés par les Êtres quand elle avait donné son sang pour recevoir leur enseignement, ceux qu'avaient fait les prêtresses à Avalon, la connaissance et le savoir des pères de leurs pères, des anciens et du peuple des païens.
La souffrance aussi, qui avait arraché son dû, les longues marques encore boursouflées qui avaient lacéré, comme d'immenses griffues, le grand corbeau qui déployait des ailes déchirées dans son dos. Les blessures étaient anciennes, mais elles recelaient tant de douleur que c'en était presque palpable.

Le contact des mains du faune sur sa peau était comme la caresse d'un rayon de soleil, la même brûlure et la même douceur, la tiédeur des feuillages dans la lumière de l'été, et il la déchiffrait peu à peu, la perçait à jour, et elle se laissait faire.

Elle souriait, doucement, la tête légèrement renversée en arrière, offerte sans réserve. Elle sentait le feu gonfler en elle comme un incendie, cette flamme dévorante qui montait de ses entrailles, du plus profond d'elle même, pour éclore à fleur de peau, pour éclore dans le regard qu'elle posait sur lui. Ses yeux d'eau claire s'infusaient d'une lueur diffuse mais bien présente, insaisissable, pâle reflet du désir complice qui l'envahissait toute entière.
C'était comme une transe, elle se laissait emporter, et la caresse du faune sur elle éveillait chaque parcelle de son être, l'embrasait d'une énergie sans pareille.

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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Jeu 28 Avr - 2:54

[ HJ : Youpi, revoici MA Morri... let's go now !!!!]


Il lisait l'histoire de la prêtresse et barde à même sa peau... tant de fois il avait accompli ce geste mais c'était à chaque fois renouvelé, neuf et surtout terriblement excitant. Excitant ou plutôt sensuel, il découvrait du bout des doigts ce que la Déesse assignait à la belle dame, il sentait le douleur de la scarification, il fermait ses yeux de biche, laissant des doigts fins et agiles lui transmettre les informations, il se sentait aveugle mais devin.

Il sentait que la barde s'électrisait au contact doux et félin de ses doigts d'être fée... il jouait sur la peau de la prêtresse comme il l'eut fait d'un instrument de musique, comme elle même devait le faire. Il la connaissait intimement de part ce contact subtil, délicat... et laissait son désir monter, sachant, c'était inné chez les faunes, que la montée du désir est plus foret que l'assouvissement, sachant que la découverte de l'autre l'emporte sur tout, sachant les prémices primordiaux, forts, quais divins...

Lentement, avec délicatesse mais le geste sûr, l'être fée effeuillait sa compagne. Car en ce moment doux et fort, elle devenait sa compagne. Il s'apprêtait à la communion avec elle. La nature environnante frémissait elle aussi, chaque feuille, chaque pierre, chaque animal, même le plus insignifiant, comme un beau scarabée d'un noir luisant, frémissaient de concert avec les deux amants. Earthel souriait, il n'avait pas connu cela depuis si longtemps, trop longtemps, alors que la Dame éternelle l'avait créé pour cela, pour accomplir ces gestes, pour vivre pleinement ces moments intensément troublants...

Il l'avait dévêtue et parcourait toujours son corps de ses douces mains à texture de pétales, viriles et douces... il l'avait acquise et ce pour toujours.
Sa nature intime resterait gravée dans la mémoire éternelle du faune...
Il murmura un
merci à la déesse, un merci pour ce qu'il était, un merci pour ce qu'était son amante avant de se laisser aller à déchiffrer une nouvelle fois, des lèvres cette fois, la nature même de Morrigane Agrawen...
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MessageSujet: Re: A l'aube, l'ombre d'un souvenir [Earthel]   Sam 7 Mai - 18:06

Une vague qui gonflait, un oiseau qui prenait son envol, le souffle de vent qui porte la feuille, la lumière qui jaillit à l'aube de l'horizon; aucun mot ne pouvait décrire ce qui agitait cette femme dans les bras du faune, nue à présent, et seulement vêtue de ses cheveux défaits, des taches de soleil qui se glissait au travers des frondaisons, des volutes sombres de ses tatouages.
C'était se sentir vivant, plus vivant que jamais, animé d'une énergie qui dépassait de loin celle qu'un simple être, une énergie qui était celle de tout. Sentir le monde autour de soi, vibrer au même rythme que son cœur, sentir le monde et savoir qu'on en fait partie, infime parcelle, mais tellement importante... Sentir la vibration qui unissait chaque être de ce monde, toucher la lumière et la substance même de l'air, du vent, de chaque petite chose...
Et il y avait le désir, qui courait dans ses veines et en faisait des fleuves ardents, dans son corps tout entier qui se tendait vers lui, ne réclamait que lui et lui seul.

Il y avait cette faim, qui rongeait et hurlait, cette faim enfin assouvie car le vide était comblé, enfin par lui qui était fils de la nature toute entière, celui qui était la quintessence de tout ce à quoi elle rêvait, elle, la fille-fée qui avait un pied dans chaque monde, et la tête encore ailleurs.

La caresse du soleil au travers des arbres se mêlait à celle des mains du faune, et elle sentait sa puissance et son énergie se mêler à la sienne, et le désir éclore à ses lèvres dans un profond soupir quand il posa ses lèvres sur sa peau, explorant à nouveau le paysage de son corps, à l'aveuglette mais avec l'assurance de celui qui sait.
Le monde tournait, elle quittait terre et ses pieds ne semblaient même plus vraiment toucher le sol, et c'était une ivresse plus puissante encore que tout ce qu'elle avait jamais ressenti. ça brûlait, si fort, une incandescence délicieuse qui la prenait toute entière... Elle était contre lui, elle était sienne et il s'était laissé apprivoiser, un peu, par elle.

Et puis, sans hâte, cédant à ce feu qu'elle avait au fond des entrailles, elle posa ses lèvres sur lui, d'abord avec douceur et puis, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pour goûter la peau, la chair, sentir le sang affleurer et l'énergie y courir. Dans l'ivresse, le feu, elle consumait tout, le jeu était entamé et les caresses, et les baisers faisaient naître au fond de sa gorge des soupirs évocateurs. Elle aimait toujours comme on se perd, comme une course pour épuiser toutes ses forces, tout jeter dans la bataille, tout brûler dans l'effort, tout sacrifier pour le plaisir, ne rien conserver, pour à la toute fin se perdre et dériver...

Il était beau, le faune, Earthel qui avait répondu à son appel; il était beau comme le sont les grands arbres, les jeunes pousses et les animaux sauvages. Il y avait en lui la même puissance profonde et ancienne, comme de vénérables racines plongeant à la source même de la terre. Il était beau et il était là, et c'était comme si elle ne voulait cesser de s'en convaincre, embrassant jusqu'à ce que le souffle lui manque, glissant la soie pourpre de ses lèvres sur l'ambre blonde de sa chair à lui, ses doigts suivant les courbes et les arêtes de sa chair, presque à tâtons.

Et dieux, il ne lui suffisait que d'un geste pour la faire chavirer, la fleur dépouillée de ses pétales, pour parfaire l'union, pour achever ce qui avait été commencé et mordre le fruit défendu, à pleine dents et sans aucun regret.

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